14 agosto, 2010

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  1. Autorretrato Nº 56


    Paul Ardenne

    Friederike van Lawick et Hans Müller: la métamorphose comme métaphore de l‘identité.



    Commencée en 1990, devenue depuis lors une des propositions les plus significatives en terme de création numérique, la série La Folie à deux des duettistes Friederike van Lawick et Hans Müller s‘organise en fonction d‘un protocole intangible. Des couples d‘artistes connus pour oeuvrer en commun ( à l‘instar de Lawick et Müller eux-mêmes) sont photographiés, chaque visage pris séparément sur le mode du photomaton. Au moyen du morphing, l‘image des visages est ensuite mixée de manière graduelle: en seize clichés, l‘un devient l‘autre et inversement, le point de fusion des images dessinant les traits d‘un être croisé, ainsi que le diraient les biologistes. Envisagée par les artistes comme une suite de “métaportraits“, l‘oeuvre qui en résulte évoque l‘entreprise anthropométrique, mais versant poétique ou psychanalytique. Elle informe aussi sur le monde de l‘art vivant et le choix qu‘y font nombre d‘artistes d‘un travail en couple, né souvent du refus de la mythologie personnelle ou du mythe de la démiurgie.

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  2. continuación texto de Paul Ardenne

    Fascinées par la chirurgie plastique, les progès de la biologie et les techniques toujours plus sophistiquées d‘implants physiques, les années 90 ont signé l‘avènement de ce que certains observateurs ont pu diagnostiquer comme relevant du “post humain“ ou du “post organique“. Idée principale: le corps, ayant cessé d‘être une réalité stable, s‘offre à la mutation, il possède à présent les moyens techniques de sa propre reconfiguration. S‘il semble en apparence s‘inscrire dans cette mouvance, le propos de Lawick et Müller n‘en dérive pas moins par l‘ordre de l‘illusion qu‘il instaure et maintient. Ici, le corps réel ne change pas, l‘imaginaire seul le réinvente. Se défiant de toute de toute propension eugénique, la technique étant par eux contenue à un rôle second ( on peut envisager à ce propos qu‘un couple de peintres très patients ne serait pas loin de pouvoir obtenir un résultat proche, sinon équivalent), Lawick et Müller se gardent bien de recalibrer le réel par le truchement de l‘outillage technologique. Attachés au principe de la représentation, ils en rejouent au contraire l‘apparence dans le sens de ce jeu immémorial dont l‘art est le vecteur naturel: celui de la métamorphose, devenant chez les deux artistes la métaphore tout à la fois de la complexité identitaire (je est je, je est aussi un autre) et de la représentation triomphante (l‘image, même née du réel, est apte à l‘outrepasser). Le morphing, en l‘occurrence, réalisera notamment ce que la technique n‘a pas encore crée dans les faits, ce que la conscience même ne peut concevoir qu‘en un mouvement d‘incrédulité, sans jamais se le représenter à elle-même tout à fait : l‘androgyne, figure de la confusion des sexes et de la représentation sexuellement nivelée de l‘humain ( de l‘androgyne, Bardés parle d‘ailleurs non sans à-propos de “figure farce“, ou encore de sujet “improbable“).

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  3. Continuación texto Paul Ardenne


    Un aspect signifiant du travail de Lawick et Müller, du coup, a trait à l‘autocréation, qu‘on pourra lire selon le principe freudien de l‘héroÏsme du moi, ce moteur majeur de la création artistique. L‘artiste comme celui qui s‘offre à titre de figure heroÏque, transcendée par sa création, à cette nuance près, évidemment cardinale: chez Lawick et Müller, le sujet créateur se révèle incarné non sous cette forme posée que représente d‘ordinaire le portrait ou la simple autocitation (l‘autoportrait, par exemple) mais sous l‘espèce d‘un hybride, -sous l‘espèce, nommément, du corps de toute façon irreprésentable, quoique représenté pourtant, des artistes oeuvrant à quatre mains, corps double quoi qu‘il n‘en forme qu‘un, décidément énigmatique. Comme à dire qu‘aucune création ne se conçoit sans soi-même lié à autrui, qu‘il s‘agisse du spectateur auquel l‘oeuvre d‘art se destine ou, dans le cas de Lawick et Müller, de cet autre de l‘artiste que figure sa compagne ou son compagnon de travail, qui n‘est jamais lui-même mais l‘est pourtant absolument.

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