17 agosto, 2010

2 comentarios:

  1. À propos d'Omar Calabrese, L'Art de l'autoportrait : histoire et théorie d'un genre pictural




    L'autoportrait. Qui, un jour, n'a pas été tenté de se lancer dans cette œuvre, esthétique, psychologique et sociale, qui ne s'est interrogé sur les motivations d'un artiste, célèbre ou non, qui se livre à cet exercice dont l'histoire a désormais quatre mille ans ? Après L'art du portrait paru en 2003 chez le même éditeur dans la collection « Les phares », voici celle de l'autoportrait, encore plus sublime peut-être. Elle s'ouvre par une série d'autoportraits célèbres, grandeur nature qui s'étalent dès les premières pages du volume. L'aquarelliste Rosalba Carrera, Paul Gauguin vêtu de son bonnet, Sandro Botticelli, au regard pénétrant Albrecht Durer, avec sa longue chevelure blonde, bouclée lui tombant sur les épaules ; Maurice Quentin de La Tour, l'exquise Élisabeth Vigie Lebrun, à l'élégance pimpante, Gustave Courbet, en homme blessé, puis plus près de nous Amedeo Modigliani, Ernest Ludwig Kirchner, expressionniste allemand en buveur et l'Autrichien Egon Schiele au gilet. Au-delà du message esthétique, de l'intention cachée de leur auteur, que veulent dirent et que révèlent ces autoportraits, que nous ne sachions déjà ? C'est là que l'approche systématique, ample, documentée de l'auteur s'avère décisive. Jamais peut-être une histoire complète de l'autoportrait n'avait été tentée avant celle d'Omar Calabrese, qui avait toutes les qualités pour réussir l'entreprise. Linguiste, historien d'art, il fut aussi directeur de musée, commissaire de maintes expositions, avant d'entreprendre un tour du monde des grandes universités et donc des grands musées du monde.

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  2. Les premiers autoportraits furent la manifestation d'une identité générique. Ces œuvres révélèrent le nom de leur auteur plutôt que les véritables traits de son visage. Ici l'image de l'auteur apparaît comme un substitut de signature. Ce type d'autoportrait a vu le jour pendant l'Antiquité classique et s'est beaucoup pratiqué au Moyen Âge, mais il perdure encore à notre époque chez certains artistes, même si les modalités en ont changé. L'architecte le plus prisé de l'Égypte, Senmout, qui fut le médecin et l'amant de la reine Hatshepsout, fut l'un des tout premiers à placer une statue le représentant dans son tombeau. Et en Grèce, Euphronios a laissé sa « signature » sur ses vases. Déjà au Ve siècle, Paulin de Nole résume l'essentiel du débat : « Quel portrait veux-tu que je t'envoie, celui de l'homme terrestre ou celui de l'homme céleste ? Je rougis de me peindre tel que je suis, je n'ose pas me peindre tel que je ne suis pas ». Le deuxième type de l'autoportrait, peut-être le plus connu, sinon le plus pratiqué, fut l'autoportrait caché à l'intérieur des scènes narratives, un genre qui est apparu à la fin du Moyen-Âge et au début du XVe siècle, à l'éclosion de la Renaissance. L'autoportrait, comme genre autonome, s'affirme entre 1450 et 1550 : par souci d'individualisme, pour défendre leur identité d'artiste et sortir de l'anonymat du créateur, les auteurs ont ressenti la nécessité d'autographier leurs œuvres. Volonté d'atteindre l'immortalité, de laisser sa trace ou de remplir un rôle social de plus en plus éminent ? L'artiste dissimulait son image tantôt sous celle d'un personnage qui prend part à l'action, tantôt sous celle d'un observateur de la scène. Sa typologie ne cessa de s'enrichir, avec les portraits délégués, qui firent leur apparition au XVe siècle dans les ateliers flamands et permit de souligner certains des caractères moraux de l'artiste. L'autoportrait « autonome » qui le suivit, plus encore que les autres types, était destiné à exalter le rôle social de l'artiste. Il conduit à s'interroger sur les rôles respectifs du portrait de face ou de profil. Caractère binaire qui se ramifie en bien des modalités : vraisemblable/idéal, concret/abstrait, existant/légal, profane/sacré, terrestre/sacré, indicatif/symbolique, objectif/subjectif, mnémonique/contemplatif.

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